Comme l’écrivain et critique gastronomique le plus reconnu de la région, Alfredo Argilés prouve une fois de plus que la plume est une arme redoutable. Ses opinions soigneusement pesées sont lues par des milliers de convives exigeants, faisant de lui un homme à la fois vénéré et craint par les propriétaires de restaurants et les chefs dont le succès repose sur la solidité de leur réputation.
« Ce n’est pas tout à fait aussi strict que ça», insiste l’expert affable. « Je ne fais des critiques sévères qu’à ceux qui en ont vraiment la vocation être mesurés parmi les meilleurs – et ne sont pas à la hauteur». D’autres ne se ventent pas de faire parti de la crème, et sont jugé selon leurs propres capacités, veillant à ce que le verdict soit toujours proportionnel à l’établissement qu’il critique. « Pour dire la vérité, je préfère ne rien écrire plutôt que d’avoir à dire quelque chose de désagréable. »
C’est l’avis d’un amoureux assumé des choses qui ajoutent de la beauté à la vie, car la gastronomie, l’art et l’architecture disposent tous d’une place en son cÅ“ur. «Essentiellement, ce sont tous des expressions de l’art et la créativité, à commencer par un besoin de base, comme la nourriture et l’abri, et culminant en  l’excellence culinaire et architecturale qui correspond à l’art en tant qu’expression humaine. Naturellement, l’art est en grande partie irrationnel, mais quand nous excellons dans des domaines tels que la gastronomie, l’architecture et le cinéma, nous sommes fondamentalement en pleine création artistique. »
En août, alors qu’il écrit traditionnellement un article par jour, il a créé une série dans laquelle la gastronomie qu’il examinait était comparée à des compositions de grands artistes contemporains. «C’est incroyable à quel point un repas et ses ingrédients peuvent souvent être reliés à de célèbres Å“uvres, dit le critique gastronomique qui se trouve également être un spécialiste de l’art. En effet, les deux luttent pour son affections, « et je ne suis pas sûr de qui a gagné», sourit Argilés. Cette façon inhabituelle de comparer l gastronomie fine et l’art a retenu l’attention du public, en attirant leur attention sur le fait que la cuisine est un art en soi.
C’est ce processus créatif qui l’excite et le fascine, même si cette critique gastronomique respectée a les pieds bien fixés sur terre. Il s’agit essentiellement un historien gastronomique qui aime à retracer les origines culturelles et anthropologiques de la cuisine régionale, et le chef du département gastronomique d’El PaÃs n’a pas été pris au piège dans les manies de ces dernières années. «Ne vous méprenez pas, j’adore le fait qu’un repas de luxe soit désormais considéré avant-gardiste et expérimental, mais je trouve qu’un trop grand nombre de jeunes chefs cherchent à se mettre en place trop tôt, et leurs efforts deviennent trop souvent à quelque chose de kitsch. »
« Avoir beaucoup de technique et vouloir s’en vanter ne suffit pas, tout comme un décor design ne fait pas nécessairement un grand restaurant. Il faut de la passion, le talent inné et aussi un degré de patience et d’humilité pour devenir un grand chef. Il faut d’abord apprendre de ses erreurs et expérimenter, gagner vos galons en apprenant d’un maître cuisinier, et ensuite être lâchés au grand public. C’est à ce stade que vous êtes le plus susceptible d’apporter une contribution réelle et durable à la gastronomie. »
Selon Argilés un bon restaurant est celui où l’accent est mis sur le dîner, et non sur le chef. «Plutôt que ce boom soudain de sommeliers, par conséquent, nous devrions avoir plus de maîtres. Ils peuvent réellement ajouter une dimension à l’expérience culinaire en termes de service. Bien sûr, quand un chef a la personnalité pour agir comme maître dans son propre restaurant c’est encore mieux, mais c’est un phénomène relativement rare. »
Lorsqu’on lui demande comment il évalue de Valence en tant que centre culinaire, il répond: « La Catalogne et le Pays basque ont peut être la gloire internationale, plus que Valence, mais en réalité le meilleur de nos capacités est nettement plus avancé que les leurs, en partie parce que nous sommes particulièrement bénis avec certains des meilleurs produits du pays. Je dirais que parmi de nombreuses autres facettes de Valence, la visite en vaut la chandelle seulement pour sa gastronomie».
Alfredo Argilés recommande la Casa Salvador, L’Estany de Cullera (40 min. de la ville de Valence) et l’art de l’IVAM, Institut Valencien d’Art Moderne de Valence.
Photo II Credit: Tania Castro à El Pais






